Sándor Márai (1900-1989) est un écrivain hongrois dont on redécouvre enfin le talent grâce aux éditions Albin Michel, qui publient ses livres dans la collection "Les Grandes Traductions ». Pour moi, c’est un des grands écrivains du XXème siècle, l'un des derniers représentants de la culture brillante et cosmopolite de la Mitteleuropa emportée par la défaite de l'Empire Austro-Hongrois et par les totalitarismes. Perso, je vous conseille: Les Braises, L'Héritage d'Esther et Métamorphoses d'un mariage. Dans, Premier amour (qu’il a publié à 28 ans), Sándor Márai écrit sur la solitude (son thème favori) et les illusions amoureuses.Son héros, le Professeur, est un quinquagénaire qui décide de reprendre la rédaction de son journal. En vacances dans une petite station thermale, il fait le bilan des années passées et constate qu'il a regardé le temps défiler sans réaction. Pis encore, l'homme comprend qu'il a laissé échapper un amour qui aurait pu changer sa vie : « C'est un peu comme si, un jour, j'avais découvert quelque chose que j'aurais ensuite oublié pendant vingt-huit ans et que, décidé pour une fois à agir, je n'avais rien trouvé de plus intelligent à faire que de renouveler une expérience passée. ». Notre homme a laissé passer sa chance!
Dans ces textes, l'écrivain insiste toujours sur les rituels de ses personnages, leur banalité silencieuse dissimulant une violence infinie, perçant les apparences pour transformer l'illusion du confort en tragédie sociale. Contraint de s'exiler en 1948, Márai continua d'écrire, des fictions, mais aussi un admirable récit autobiographique, Mémoires de Hongrie. Il se donna la mort en Californie.
Dans Le voyage dans le passé, Stefan Zweig raconte l'histoire des retrouvailles au goût amer entre un homme et une femme qui se sont aimés et qui croient s'aimer encore.Louis, jeune homme pauvre tombe amoureux de la femme de son riche bienfaiteur, mais il est envoyé quelques mois au Mexique pour une mission de confiance. La Grande Guerre éclate. Ils ne se reverront que neuf ans plus tard. L'amour résiste t-il à tout ? A l'usure du temps, à la trahison, à une tragédie ? Pour mon plus grand bonheur, il existe encore des nouvelles de Zweig encore jamais traduites en français. Encore plus surprenant, il ne s'agit pas d'un fond de tiroir qui aurait dû rester là où il était, mais bien d'un petit joyau littéraire, comme sait les concocter S. Zweig. On y retrouve la profondeur, l'intelligence et la sensibilité de l'auteur. On y retrouve la confusion des sentiments, le temps qui se dilate ou se contracte, toujours à contre-courant de ses personnages, comme perdus en eux-mêmes. C’est sublime !Allez promis la prochaine fois, je vous parlerai d’histoires d’amour qui finissent bien (ça existe au fait ?).