D'abord: il neige! c'est pas génial! mais si oubliez le froid et le vent, Paris sous la neige, c'est forcément un moment à part!

Ensuite, le livre dont j’ai décidé de vous parler, c’est celui auquel je tiens le plus : il n’a pas quitté ma table de chevet depuis mes 16 ans et je suis incapable de le ranger dans ma bibliothèque, j’ai besoin de l’avoir à porté de main. Il s’agit du recueil de poèmes d’
Emily Dickinson, Car l’adieu, c’est la nuit
Emily Dickinson est née le 10 décembre 1830 dans le Massachussets. On sait très peu de choses sur elle. De son vivant, elle n'a rien publié, elle fut découverte à titre posthume. Il y a beaucoup d'ambiguités dans ses poèmes, des vers-mystères que l'on peut relire cent fois à la suite avec cent interprétations différentes, et c’est pour cette raison que je ne m’en lasse pas : quelque soit le moment, ma situation, mon humeur je peux y trouver une interprétation particulière, celle dont j’ai besoin.
Emily Dickinson est une femme qui a vécu dans son mode intérieur, loin du puritanisme de son époque qu’elle réprouvait, en proie à ses doutes et qui semble toujours attendre quelqu’un. Qui? On ne sait pas mais perso j’ai tendance à penser que c’est l’absence de l’être aimé qui la rend si triste. Elle a aussi peur de la mort, de la solitude (tout comme moi) mais ça ne l’empêche pas de continuer à espérer, à croire en un autre monde possible (tout comme moi) :« Ce monde n'est pas conclusion. / Un ordre existe au-delà / Invisible comme la Musique / Mais réel, comme le son ».
Je vous invite donc à découvrir ce recueil, rien ne garantit qu’il vous plaira alors voici quelques vers pour vous donner une idée.
- Je serais peut-être plus seule Sans la Solitude -Tant je me suis faite à mon Sort -L’Autre - la Quiétude -Pourrait rompre la Ténèbre -Encombrer la petite Chambre -Trop étriquée - de loin - pour contenirLe Sacrement - de Sa Personne -L’Espoir m’est étranger -Il pourrait déranger -Son doux cortège - profaner le lieu -A la Souffrance consacré-Il est peut-être plus facileDe faillir- la Terre en Vue -Que de gagner - ma Bleue Péninsule -Pour y périr - de Volupté -
En fait, j’ai une conception particulière de la poésie : je suis incapable de lire un recueil d’un seul trait, j’en lis une partie puis une autre, je l’oublie, je le reprends et ainsi de suite.

C’est ce qui explique la présence de quelques recueils sur ma table de nuit :
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Les Sonnets de Shakespeare, pour le sonnet 43, je rêve qu’on me murmure un jour ces vers à l’oreille :
« Tout jour m’est nuit tant que je ne te vois, / toute nuit le jour le plus clair quand je te rêve »,
- 45 poèmes de WB Yeats, pour le poème « Deux ans plus tard » : « Et personne ne t’a-t-il dit/que l’œil qui ose et qui aime/devrait être plus averti »,
- le Fou d’Elsa d’Aragon pour ces vers : Il y a des choses que je ne dis a Personne Alors Elles ne font de mal à personne Mais Le malheur c'est Que moi Le malheur le malheur c'est Que moi ces choses je les sais
Il y a des choses qui me rongent La nuit Par exemple des choses commeComment dire comment des choses comme des songes Et le malheur c'est que ce ne sont pas du tout des songes
Il y a des choses qui me sont tout à fait Mais tout à fait insupportables même si Je n'en dis rien même si je n'en Dis rien comprenez comprenez moi bien
Alors ça vous parfois ça vous étouffe Regardez regardez moi bien Regardez ma bouche Qui s'ouvre et ferme et ne dit rien
- Les fleurs du mal de Baudelaire pour plusieurs poèmes : La chevelure, Le flambeau vivant, La destruction, Le vin du solitaire, L’horloge et La mort des amants
"Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères, Des divans profonds comme des tombeaux, Et d'étranges fleurs sur des étagères, Écloses pour nous sous des cieux plus beaux. Usant à l'envi leurs chaleurs dernières, Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux, Qui réfléchiront leurs doubles lumières Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux. Un soir fait de rose et de bleu mystique, Nous échangerons un éclair unique, Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux ; Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes, Viendra ranimer, fidèle et joyeux, Les miroirs ternis et les flammes mortes. "