Peut-on être un vrai génie et un parfait salaud ? C’est possible, il suffit de penser à l’angélique et paradoxal jazzman Chet Baker !Ce type, pour moi, c’est un maître, un trompettiste de génie (il suffit de me faire écouter My funny valentine pour me rendre toute chose !) et le plus beau des musiciens (jeune, il ressemble à James Dean, visage pâle de la West Coast et voix de velours, « Il avait l'air d'un boxeur angélique, a dit le photographe William Claxton. Et quand vous le mettiez devant l'appareil photo, il se transformait en star de cinéma. ») mais aussi une ordure, un menteur, un drogué et un mari violent.
Pour noël, j’ai reçu un cadeau à part : le DVD du film "Let’s get lost" de Bruce Weber consacré à Chet Baker. Ce documentaire (dont le titre fait référence à un album des années 50 qui a fait de Baker l'un des plus brillants représentants du cool jazz, cette musique douce et nonchalante née en Californie, en marge de la frénésie be-bop new-yorkaise) évoque le trompettiste et le chanteur.
Né en 1929 dans l’Oklahoma, Chet a dix ans lorsqu’il échange le trombone offert par son père contre une trompette. Engagé à 18 ans dans une fanfare de l’armée américaine stationnée à Berlin, il découvre le be-bop.Au début des années 50, Charlie Parker le choisit parmi de jeunes trompettistes pour l’accompagner dans une tournée sur la Côte Ouest. Chet forme son premier quartet trois ans plus tard, travaille avec de pointures du jazz comme Bud Shank et Gerry Mulligan. Révélé au public avec le disque Chet Baker sings en 1956, il devient une icône fragile et rebelle.

Le trompettiste naviguera entre les Etats-Unis et l’Europe, jalonnant son itinéraire de succès et de scandales dramatiques, sa dépendance à l’héroïne lui valant des ennuis avec la justice. Chet Baker décède un vendredi 13 en 1988, tombant de la fenêtre d’une chambre d’hôtel à Amsterdam.
J’adore ce documentaire car il n’est en rien une hagiographie. Si le film débute en décrivant un aspect positif du musicien, le réalisateur prend vite le parti de multiplier les points de vue. Aux confidences faussement innocentes du trompettiste, le réalisateur mêle les témoignages comme ceux des anciennes femmes de Baker s’entre-déchirent, se haïssent. Ses amis soulignent son côté inconstant, parfois totalement étranger à toute empathie pour eux et leurs sentiments : tous adorent Baker, autant qu’ils le haïssent. Tous insistent sur son caractère manipulateur.
Malgré tout Chet Baker est un musicien hors norme avec sa fragilité, sa musique sensuelle et vaporeuse mais toujours grave à la limite de la rupture. Le bassiste Riccardo del Fra qui a longtemps joué avec Chet explique bien, dans le livre de Gérard Rouy consacré à Chet Baker, sa conception particulière de la musique :
"Je sentais chez lui une profondeur qui me bouleversait, j'ai aussi appris avec lui le contrôle de soi-même : c’est-à-dire essayer de faire l'essentiel. La perfection, on le sait, n'existe pas. Mais lui, quand il joue, il en est très proche. Et quand on joue avec lui, il faut vraiment servir la musique et se libérer de son ego. Disons que sa virtuosité est plus magique que technique."
Malgré tout Chet Baker est un musicien hors norme avec sa fragilité, sa musique sensuelle et vaporeuse mais toujours grave à la limite de la rupture. Le bassiste Riccardo del Fra qui a longtemps joué avec Chet explique bien, dans le livre de Gérard Rouy consacré à Chet Baker, sa conception particulière de la musique :
"Je sentais chez lui une profondeur qui me bouleversait, j'ai aussi appris avec lui le contrôle de soi-même : c’est-à-dire essayer de faire l'essentiel. La perfection, on le sait, n'existe pas. Mais lui, quand il joue, il en est très proche. Et quand on joue avec lui, il faut vraiment servir la musique et se libérer de son ego. Disons que sa virtuosité est plus magique que technique." Si vous écoutez la musique de Chet, vous allez obligatoirement vouloir en savoir plus, impossible de résister à sa musique! Dans ce cas, je vous conseille l’excellent livre de James Gavin "La longue nuit de Chet Baker".