19 janvier 2009

Do you speak "spanglish"?

Pour une fois, je ne vais pas bouder mon plaisir : oui, j’ai de l’instinct en matière de littérature (je préférerai en avoir concernant le loto, mais bon on fait avec ce que l’on a !).

Si je peux faire cette affirmation, c’est que depuis quelques jours, les critiques et les libraires s’emballent pour un livre signé Junot Díaz (un écrivain américain originaire de République dominicaine) « La vie brève et étonnante d’Oscar Wao » (récompensé en 2008 par le Prix Pulitzer et qui sort en fin chez nous). Or moi, je fais les louanges de cet auteur depuis déjà dix ans et la sortie du 1er recueil de nouvelles de Diaz : « Los boys ».

Je garde un excellent souvenir de « Los Boys », en particulier du style décousu et de l’écriture : l’anglais du livre est parsemé d’espagnol (heureusement, il y a un bon glossaire), deux langues que mélangent des personnages humbles, vulgaires mais terriblement attachants.
Les 1O nouvelles décrivent un univers où les enfants sont laissés à eux-mêmes, où il n’y a pas d’argent et pas de père, pas d’emploi et pas d’espoir, rien que des rues, des mères accablées, des drogues et des relations instables.
Les thèmes sont peu attirants mais il se dégage de ces nouvelles une humanité incroyable : à la surface, c’est dur et en dessous, ce sont blessure et questionnement. Les humains sont des humains, ils essaient de s’en tirer et de donner un sens aux choses.
Cette fois, le nouveau roman de Junot Diaz m’a carrément subjugué : ce livre est frappadingue.
A la fois roman politico-historique (le destin de toute une famille dominicaine exilée dans le New Jersey, l’imaginaire de la diaspora, la dictature et la truanderie dominicaines) et un véritable hymne aux "Sous-cultures": science-fiction, pop, punk, mangas Star Trek.
C’est l’histoire d’Oscar qui est obèse. Au fond de la classe, isolé et définitivement hors du coup, il rêve de filles et d'aventures et ne récolte que des déceptions. La seule chose qu'il sait faire, c'est écrire et lire des histoires fantastiques mais le problème s’est qu’il est victime d’une malédiction: le 'fuku'. Partie de Saint-Domingue, cette tragédie se transmet de génération en génération, comme une mauvaise graine. La saga familiale nous mène ainsi de Belicia, avec la mère, fuyant son île dominicaine, à ses enfants, Lola, la fugueuse, et son frère Oscar, dont les pas reviennent inexorablement aux origines.

Ce livre est un bijou, outre le « spanglish » truculent qui parsème le livre, le tout est drôle, tendre, mordant, émouvant et sarcastique. Je crois que j’ai trouvé mon livre fétiche de l’année 2009, il va être très difficile de faire mieux !