Il s’appelle Joseph Boyden, jeune Canadien aux racines indiennes, écossaises et irlandaises, est depuis peu c’est l’un des écrivains canadiens les plus en vue de la scène internationale. Normale après le succès du Chemin des âmes (Albin Michel, 2006), traduit en plus de vingt langues et en cours d'adaptation cinématographique, son nouveau roman Les saisons de la solitude a été couronné à l'automne 2008 par le Giller, le plus prestigieux prix littéraire du Canada.
Je suis tombée sur son premier roman Le chemin des âmes par hasard, sauf que dans la vie, il n’y a pas de hasard ! Ce livre était fait pour moi, parce que c’est tout ce que j’aime : une histoire forte et impitoyable, des personnages entiers et fragiles avec des blessures morales autant que physique et un univers à part (de l’enfer des tranchées aux forêts majestueuses du Canada).Il était une fois deux amis Elijah et Xavier deux indiens du peuple Cree qui étaient partis à la guerre là-bas en Europe dans les tranchées. Quelques années plus tard, en 1919, en Ontario, Niska une vieille indienne attend sur le quai d'une gare le retour d'Elijah l'ami de son neveu Xavier mort là-bas mais c'est bel et bien Xavier qui descend de ce train totalement méconnaissable et l'apparence d'un mourant. Durant les trois jours qu'il faut pour les ramener chez eux, chacun des deux plongent dans leurs souvenirs... Ce livre est authentique, épique, bouleversant, hallucinant, il vous emporte et il ne vous lâche plus ! C’est, selon moi, l’un des livres les plus puissants écrits sur la Première Guerre Mondiale. C’est la guerre, décrite dans toute son horreur, dans toute son abjection, et la vie quotidienne d’hommes devenus de la chair à canon pouilleuse imbibée dès l’aube de rhum ou de morphine, qui ne dorment plus, dont les survivants reviennent, fantômes brisés dans leur âme. Certes, j’ai lu Barbusse, Dorgelès, Remarque mais le livre de Joseph Boyden est différent, car il renouvelle le genre de façon inédite en l’abordant d’un tout autre point de vue, celui d’un Indien, tireur d’élite dans l’armée canadienne, faisant du Chemin des âmes un grand roman sur l’Identité.
Les saisons de la solitude reprennent la même trame entremêlant deux voix et deux destins :
Will, un ancien pilote plongé dans le coma après une agression, et Annie, sa nièce. Là encore, il est question d’identité, de culpabilité, de désirs de rédemption. Là encore, il est question de l’histoire douloureuse des Indiens et de la beauté unique du Grand Nord. Résultat, j’ai adoré !Cette fois, le personnage principal c’est Will Bird, le fils de Xavier.Il vit près de la Baie James, à Moonsonee réserve d’indiens Cree ( le "trou du cul de l’Arctique" comme le nomme Boyden)Will est un ancien pilote de brousse, porté sur l’alcool, plongé dans le coma à la suite d’une agression, il voit défiler sa vie. Le drame de sa séparation avec sa famille, la mort de sa mère qui refusa d’apprendre la langue des blancs, son père héros de la Première guerre qui va le trahir en l’envoyant à l’école. Ses souvenirs affleurent, ceux du Grand Nord, de sa vie de trappeur mais aussi sa propre dérive, son besoin de vengeance qui l’a conduit dans son lit d’hôpital et son besoin de rédemption.
A côté de lui, Annie sa nièce, elle ne croit pas au pouvoir des mots mais elle a une dette envers son oncle qui l’a élevé ainsi que sa soeur. Petit à petit son récit se fait plus libre, plus sincère, elle confie à Will son amour/haine pour sa soeur Susan belle et magnifique, séduite par la vie clinquante mannequin et aujourd’hui disparue.
Là encore je me suis laissée emportée, j’ai été prise à la gorge et j’ai eu les larmes aux yeux à cause de la force du récit, de la sincérité des sentiments mis à nus, de l’évocation la difficulté de vivre, d’aimer, de se contenter de ce que l’on est et de ce que l’on a .
Finalement, après ces deux lectures, je me dis que Joseph Boyden n’est pas le disciple de Jim Harrison, Joseph Boyden c’est Joseph Boyden. Avec un talent pareil, il mérite d’être reconnu et surtout pas comparé.