Parmi les (trop) nombreux livres de cette rentrée, il y a deux romans magnifiques autour de deux femmes libres, beaucoup trop en tout cas aux yeux de leurs contemporains !Dans la faculté des rêves, la jeune romancière Sara Stridsberg fait revivre Valerie Solanas, une féministe radicale américaine qui détestait les hommes.
Elle est l’auteur du manifeste SCUM (Society for Cutting Up Men), délire d’une étonnante poésie qui prônait la suppression du genre masculin. Cette anti-Marylin a incarné à elle seule les pires cauchemars de l’Amérique puritaine des années 60-70. En 1968, elle tente d’d'assassiner par balles Andy Warhol qu'elle avait côtoyé à la Factory (un atelier d'artiste célèbre situé à New York, ouvert par Andy Warhol en 1964). Résultat : trois ans de prison (pour info, Warhol refusera de témoigner contre elle!).
Heureusement, Sara Stridsberg ne s’est pas contentée de nous pondre une bonne vielle bio/ hagiographie, bien au contraire !

Ce roman est selon son auteur , une « fantaisie littéraire » noire, tragique, étouffante et complètement déstructurée à l’image du psychisme de Valérie Solanas
L’auteur mêle fragments autobiographiques, bribes narratives, paroles et pensées, rêves, comptes-rendus d'interrogatoires ... sous la forme de souvenirs obsédants apparaissent des conversations avec des personnages clés : sa mère, ambiguë et destructrice, le directeur de l'université de psychologie à laquelle elle est admise, Andy Warhol lui-même et son désir obstiné de faire d'elle une matière pour son art, ou encore la psychiatre chargée de son cas après la tentative d'assassinat…
Tout cela permet de dresser le portrait d’une femme
fragile, radieuse, affolée, anxieuse,….résultat le manifeste, la tentative de meurtre restent plutôt anecdotiques et c’est aussi bien comme ça…
Je ne résiste pas à l’envie de vous citer les dernières phrases du livre : «Valerie Solanas ne s'altère pas. Valerie Solanas vous fait rêver de crasse et de roses. Valerie Solanas est un état, un jeu, une invasion, un miroir, un pays des merveilles. Son coeur demeure une blessure aux infatigables pulsations.».
« Quelle perte cela aurait été de ne pas l'avoir rencontré ou de ne pas avoir connu son amour ! pensa Mamah. »Loving Franck de Nancy Horan, c’est l’histoire d’une passion entre un homme et une femme qui payèrent le prix fort.
Elle , c’est Martha (dite Mamah) Borthwick Cheney, intelligente, cultivée, étouffée par une vie de mère au foyer (elle avait recopiée dans son journal cette citation de Charlotte Perkins Gilman « être mère ne suffit pas : même une huître peut être mère »). Bref, une femme qui, selon sa propre sœur " avait tout. Un mari fantastique, deux beaux enfants en bonne santé. La liberté. Aucun souci financier. Une gouvernante et une bonne. Le genre d'existence dont rêvent la plupart des femmes, y compris les féministes !".
Lui, c’est Frank Lloyd Wright, architecte (le musée Guggenheim à New York, c’est son œuvre), marié et père
de six enfants. Le couple cède à la passion et abandonne conjoints et enfants pour s’enfuir en Europe. C’est la début du scandale, la presse s'en donne à coeur joie et l'Amérique puritaine se repaît de ces articles outranciers.La vérité n'est pourtant pas rose, les amants sont taraudés par la culpabilité.
Ils rentrent aux Etats-Unis en 1914. Franck peine à retravailler, mais sa situation pâtit moins que celle de Mamah, qui, en tant que femme, est le réceptacle béni de toutes les condamnations et haines projetées par la société bien pensante. Dans leur nouvelle maison du Wisconsin, ils tentent de se reconstruire une nouvelle vie, jusqu’à ce que le destin les rattrape.... impossible de vous en dire plus, il faut lire le roman!
c'est un livre puissant , plein de vie, mais aussi cruel, pesant, pessimiste et qui me semble malheuresemnt toujours d'actualité car il pose l'éternelle question: une femme a-t-elle le droit de vivre selon elle avant tout, ne vaut-il pas mieux que des enfants aient une mère heureuse qu’un pâle ersatz maternel confiné dans un mariage malheureux ?