24 décembre 2008

On y est, les fêtes de fin d’année approchent à grands pas et pour beaucoup de parisiens, c’est retour en province !
Comme de nombreux habitants de la capitale, je rejoins moi aussi ma région natale (la Picardie) et la maison familiale ! Ceci est donc mon dernier message de l’année puisque chez mes parents…. il n’y a pas Internet ! (non, je ne suis pas originaire du fin fond de la Creuse, c’est juste que mes parents ne trouvent pas utile d’avoir Internet !). A bien y réfléchir, ça ne me dérange pas plus que ça, en fait je suis impatiente de me retrouver au calme, avec un nombre restreint de personnes et loin de la capitale!
Si vous avez peur de vous ennuyer en province ou même à Paris (il faut bien reconnaître que les fêtes de famille, ce n’est pas toujours très folichon !) voici quelques propositions pour passer le temps :

- Option n°1 : s’isoler avec son ipod (en ce qui me concerne, ça consiste à me planquer dans le bureau au 1er étage avec une grosse couverture et à me lover dans le vieux fauteuil gris tout pourri en regardant le jardin par la fenêtre).
Je vous conseille: The last shadow puppets avec The Age Of The Understatement. C’est mon album favori de l’année que l’on doit à Alex Turner (Arctic Monkeys) et à Miles Kane (The Rascals). Cet album est aussi beau sur la forme (une pop ultra-pointue jouée par un orchestre à cordes et à cuivres qui donne au son un aspect rétro voir intemporel) que sur le fond (les textes se lisent comme des poèmes).Coupe de Coeur: My mistakes were made for you, I Don’t like You Anymore, Calm like you, the chamber, Only the truth.
Raphael Saadiq avecThe way I see it. Je n’ai cet album que depuis 1 mois mais je le connais déjà par cœur et je suis loin de me lasser de la voix sensuelle du monsieur (mixe de Ray Charles, Al Jarreau et Stevie Wonder). Son album est un bijoux au style impeccable aussi gracieux que lascif ! Coup de cœur pour: Sure hope you mean it, Big easy, Staying in love et Sometimes
Grace avec Hall of mirrors. Sa voix claire et chaude, ses textes et sa musique (qui mêle ballades soul, rythmes reggae et folk-blues) sont très agréables surtout en cette période de froid et de pluie. Coups de Cœur pour: Butterfly, Imagine one day et Bang Bang
MGMT, c’est le groupe dont vous avez obligatoirement entendu parler ! Leur premier album "Oracular Spectacular" multiplie les tubes avec sa musique qui ressemble à un grand bazar où se mélange le rock sixties psyché, la pop baroque, le disco et l’électro le tout dans une ambiance de fête estudiantine débridée.A écouter: Time to Pretend, Electric Feel, Of Moons, The Handshake
Et pour finir, les Fleet Foxes qui ont sorti sur le label Nirvana and Co leur pas du tout grunge mais néanmoins fabuleux premier album. Leurs mélodies aériennes, éthérées et colorées sont inclassables : Folk ? Country-rock ?, pop ?, gospel ? Un peu de tout ça en fait ! Ces gars là sont inclassables ! (ce qui explique peut-être le choix d’une toile du peintre Bruegel pour la pochette du disque).
Coup de Cœur pour: White Winter Hymnal, Tiger Mountain Peasant Song, Your Protector

- Option N°2 : se planquer un bon gros bouquin, idéal pour occuper les heures post-digestion !
Dans le genre gros pavé, je vous conseille Zone de Mathias Enard (je viens de le finir dans l’Eurostar !). Le pitch ? Par une nuit décisive un voyageur lourd de secrets prend le train pour Rome, revisite son passé et convoque l’Histoire, dans un immense travelling qui mêle bourreaux et victimes, héros et criminels des guerres de la Méditerranée
C’est un roman super ambitieux puisqu’il s’agit d’une seule et même phrase déroulée tout le long du livre. C’est très bien écrit, très documenté, très riche mais peut être un peu trop. Je dois avouer que j’ai un peu souffert en lisant ce livre à cause des lenteurs et des digressions qui donnent au livre un côté indigeste. A lire si vous garder un bon souvenir de l’Iliade d’Homère sinon c’est la sieste garantie !
Mon coup de cœur littéraire est pour Yasmina Khadra (un de mes auteurs contemporains favoris) avec Ce que le jour dois à la nuit. Ce roman raconte l’Algérie coloniale (entre 1936 et 1962) : Younes a neuf ans lorsque son père, trop pauvre pour assurer son éducation, le confie à son frère pharmacien aisé et marié à une française. Auprès d'eux, Younes devient Jonas et intègre une communauté de roumis (français vivant en Algérie, les futurs « pieds-noirs »). Yasmina Khadra réussit la prouesse de raconter une histoire d'amour doublée d'un contexte historique omniprésent. C’est fort, c’est beau…c’est à lire !
Sinon vous pouvez choisir de vous évader avec le dernier Booker Price (le prix littéraire le plus coté chez nos amis britanniques) : Le tigre blanc par Aravind Adiga.
Ce premier roman va fortement déplaire à l’Office Indien du Tourisme. Pas de saris, ni de safran ici, rien qui ressemble à un film Bollywood, juste l’Inde actuelle vue par un garçon pauvre décidé à libérer le tigre qui est en lui. Après avoir interrompu ses études pour travailler dans le tea-shop de son village, Balram HalmaI, fils d’un conducteur de rickshaw, est engagé comme chauffeur. Derrière le volant de sa Honda il découvre Delhi, ses 36 millions de dieux, ses cafards, ses centres d’appel, ses encombrements incessants. La plume d'Aravind Adiga est d'une acuité sans concession, il dénonce calmement, sans acrimonie, les inégalités, le mépris, la soumission. Voyage au cœur de l'hypocrisie, de la corruption, de la pourriture d'un système économique et politique, servi par une plume percutante et une ironie mordante, le roman démontre la logique implacable d'un parcours hors normes, celui d'un jeune homme devenu tueur, puis entrepreneur. J’ai lu ce roman d'une traite, de toute manière, il est quasiment impossible de le lâcher une fois commencé. !

- option n°3 : filer au cinéma pour aller voir le dernier film du Coréen Kim Jee-woon. Hommage au western de Sergio Leone, comme son titre l'indique, Le Bon, la Brute et le Cinglé, reprend la figure du trio cynique de chasseurs de primes engagés dans une sanglante course au trésor. On en prend plein les yeux, et plein les oreilles. L'auteur profite du chaos qui régnait sur la Mandchourie de l'époque pour construire une intrigue foisonnante d'où surgit une foultitude de personnages secondaires, depuis les soldats de l'armée japonaise jusqu'aux grappes de bandits coréens, mongols, russes et chinois. Le Bon, la Brute et le Cinglé est un western oriental aussi fougueux que divertissant, c’est mon dernier coup de cœur ciné, je me suis éclatée. Pour moi c’est le meilleur film de l’année 2008.Sinon, je vous conseille de voir Le chant des mariées de Karin Albou. Petit speech : Nour et Myriam sont amies depuis leur enfance et vivent à deux pas l'une de chez l'autre. Pourtant elles n'appartiennent pas à la même communauté : Nour est musulmane, Myriam est juive. Chacune rêve secrètement de la vie de l'autre. Le film se déroule en 1942 au moment où l’armée allemande entre dans Tunis et va fragiliser les relations intercommunautaires et affaiblir l’amitié des deux jeunes qui vont pourtant se retrouver dans la même situation : celle du mariage forcé. Nour, peu instruite, se fait manipuler et doit adopter la façon de penser de son fiancé, d’autant plus qu’elle n’est plus vierge. Myriam est mariée de force, pour sauver sa famille de la misère.
Cette période de l’occupation allemande en Afrique du Nord est un sujet peu connu (sauf pour les amateurs l’auteur Mohammed Dib), c’est déjà une bonne raison d’aller voir ce film. Mais la guerre n’est qu’au second plan, ce film traite surtout des us et coutumes traditionnels et raffinés liés aux unions arrangés. Les nombreuses scènes intimes sont d’une grande délicatesse, d’une poésie qui évite tout voyeurisme. Malgré un sujet difficile le cinéaste évite tout misérabilisme quand il s’agit d’évoquer la condition des femmes juives et musulmanes pendant la seconde guerre mondiale dans un pays colonisé : c’est bien plus un film sur l’amitié, la tolérance, le poids des religions et la solidarité féminine. Voilà pourquoi j’ai autant aimé ce film, j’apprécie ce mélange de délicatesse et de rigueur et la capacité de la réalisatrice à ne tomber ni dans le revendicatif ni dans la vulgarité. Ce film est un mélange parfaitement équilibré de grâce et brutalité, un film de funambule que je vous conseille vraiment.
Et pourquoi ne pas céder à la tentation de voir la saga de cette fin d’année : Australia de Baz Luhrmann ? Perso j’hésite encore, j’aime beaucoup le réalisateur mais j’hésite à me repasser plutôt Out of Africa. Si vous avez un avis sur ce film, n’hésitez pas ! j’ai besoin d’aide pour me décider.

Sinon, pour finir, bonnes fêtes à tous et à l’année prochaine !